Que ce soit lors de mes résidences ou lors de mes participations à des expositions, je sollicite des artistes afin que nous travaillions ensemble. Elles·ils sont choisi·e·s par affinités artistiques. Je fais en sorte de créer une cohésion, de rassembler des artistes qui partagent un centre d’intérêt, qu’il soit formel ou conceptuel, souvent commun avec ma propre pratique. Telle une sorte de colloque. Nous imaginons des manières de travailler ensemble, cela va de la création de groupes imaginant des expositions coopératives, à la formation de collectifs créant des œuvres en collaboration.

Lors de ce travail collaboratif, les décisions sont prises de manière collégiale, nous inventons ensemble les règles et protocoles de travail, nom de l’œuvre, conditions de monstrations et sommes tou·te·s co-auteur·e·s. Tandis que lorsque nous réalisons une exposition en coopération nous restons, majoritairement, auteur·e·s de nos œuvres.

Toutefois, les va-et-vient et emprunts, entre nos pratiques respectives, sont fréquents : des oeuvres servent de support à d’autres alors que certains artistes s’inspirent du répertoire formel des membres du groupe. D’autres artistes vont plus loin dans l’ambiguïté en utilisant des œuvres comme matériaux de création.

La distinction entre ces deux manières de faire peut être ténue et difficilement discernable. Cette nuance va se construire au fur et à mesure des sessions de travail. Je ne veux pas me placer dans une position de chef d’orchestre, la décision se fait naturellement selon les envies de chacun·e.

La position d’auteur·e omniscient·e vis-à-vis de son propre travail est mise à mal, questionnée. Mon autorité se dissout et j’abandonne la paternité unique de mon
travail quand mes expositions personnelles deviennent collectives ou quand nos œuvres deviennent collaboratives.

Mon droit de regard sur mes œuvres est chahuté et leur avenir devient incertain. Cela me permet de me confronter à d’autres médiums que la peinture. Outre le fait d’avoir mené ma pratique vers la vidéo ou encore la sculpture, cette manière de travailler est performative. En effet, les œuvres étant réalisées in situ et en vue d’un moment de monstration au public, le laps de temps est généralement très court. Cela doit être fait, bien ou mal.

La réalisation finale n’est pas ma préoccupation principale. Mon intérêt réside dans la création d’une situation dans laquelle des artistes décident, ou non, de travailler ensemble et d’adapter leurs pratiques les unes aux autres, voire, de créer ensemble. L’autonomie des œuvres, en fonction de leurs environnements, est interrogée, nos travaux dialoguent entre eux. Mes questionnements sur le statut de l’artiste, sur l’autorité et l’auteurité déteignent sur mes invité·e·s et le statut de certaines pièces devient équivoque.

En outre, ces invitations me permettent d’emprunter le pouvoir décisionnaire d’un jury ou d’un·e commissaire d’exposition. Il s’opère alors un renversement de l’autorité, je court-circuite les modes de sélection et réalise un programme dans le programme. Que ce soit lorsque j’invite d’autres artistes à partager mes conditions de résidence ou lorsque nous créons, avec mes invité·e·s, une exposition dans l’exposition.

Je cherche à m’affranchir du «je» et de l’occupation personnelle, désacraliser l’œuvre et l’auteur·e, proposer autre chose dans un système en crise qui encourage la concurrence et l’individualisme.



Emmanuel Simon